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Ê " IMAGES" SIZE="+4>L'HOMOPHOBIE,
" la Révolution, une Révolution sociale et économique c'est aussi déconstruire de nouveaux modes de construction de genres. C'est repenser de nouveaux rapports sociaux de sexe.

 

&laqno; Elle ne serait pas uniquement, comme la définissent certains auteurs américains, une peur ou un rejet de l'homosexualité ; c'est, de façon plus large, le dénigrement des qualités considérées comme féminines chez les hommes et, dans une certaine mesure, des qualités dites masculines chez les femmes. L'homophobie entretient en effet la peur de l'Autre en soi, c'est-à-dire de cette femme qui sommeille en chaque homme, et de cet homme qui dort en chaque femme, de cet homosexuel-le qui, sait-on jamais, n'attend peut-être qu'à s'éveiller en nous ? L'Autre en moi m'inquiète ? C'est aussi la crainte d'être envahi, voire dominé sur les plans physiques ou psychologiques par cet Autre en soi. Affronter notre peur de l'autre en soi, est une nécessité pour qui veut comprendre l'homophobie. Interroger maintenant nos connaissances, nos attitudes et nos valeurs porteuses de sexisme ou d'homophobie est une façon salutaire de traquer l'ignorance nourrissant l'intolérance ».

Pour expliquer l'homophobie, il faut tenter de définir les rapports qui existent entre l'homophobie et la construction sociale du masculin, la manière dont se construit le genre masculin. L'homophobie serait "la peur du Même". Nous pouvons donc faire un parallèle entre sexisme et homophobie : le sexisme consiste en la discrimination à l'endroit des personnes de l'autre genre social, renvoie à la hiérarchisation des genres sociaux et à la domination des hommes exercée sur les femmes.

Sur le fait que les hommes se croient supérieurs aux femmes, l'homophobie viendrait donc sceller la cohésion entre dominants. Le sexisme et l'homophobie structurent la peur de quitter les attributs de son groupe de genre. L'homophobie serait la discrimination envers les personnes qui montrent ou à qui l'on prête certaines qualités attribuées à l'autre genre. L'homophobie serait un acte de pouvoir, à savoir qu'elle utilise le social, les rapports sociaux entre les personnes pour provoquer et justifier une discrimination active ou passive de l'autre rejeté.

L'homophobie se construit dès l'enfance puisque être homme c'est ne pas ressembler au genre féminin. L'homophobie au masculin serait une attitude engendrée par la peur des hommes de retrouver en eux tout ce qui peut ressembler à l'autre, c'est-à-dire à la femme.

Daniel Welzer-Lang définit que &laqno; l'homophobie au masculin est la stigmatisation, relégation ou la négation des rapports entre femmes qui ne correspondent pas une définition traditionnelle de la féminité ».

La construction du masculin s'élabore de manière paradoxale dans nos sociétés viriarcales. Être homme c'est être : dominateur, fort et en même temps, c'est ne pas être violent dans l'espace domestique Mais le vrai homme doit être différent des femmes ou à leurs équivalents symboliques, c'est-à-dire ces hommes qui ne parviennent pas à prouver qu'ils le sont vraiment.

C'est ce que Daniel Welzer-Lang appelle dans l'éducation des hommes &laqno; la maison des hommes, où p'tit homme va apprendre les règles et le savoir faire, le savoir être homme ». C'est le concept d'homosocialité, où apprendre à être homme c'est se distinguer par rapport aux femmes et aux enfants (apprentissage sportif="apprendre" à souffrir sans rien dire). Le mimétisme des hommes sera un mimétisme de violence, contre soi et envers soi.

Dans cette même période c'est l'apprentissage de la sexualité : être homme c'est être différent de l'autre, être différent de la femme, donc être dominant. Daniel Welzer-Lang parle &laqno; des violences sexuelles exercées sur p'tit homme pendant l'adolescence qui se transformeront en conjuration de la peur, en agressant l'autre ». L'homme sera donc actif ou passif, agressé ou agresseur, donc apprentissage du rapport de force permanent.

Dans cet apprentissage, le toucher et les caresses entre hommes vont se transformer en contacts violents (ex. : match de football). Ainsi toute personne étrangère ou inconnue, surtout si c'est un homme peut se transformer en agresseur. Il ne faut pas laisser apparaître des signes de vulnérabilité, donc création d'automatismes de défense.

Les femmes deviendront les pivots du discours masculin et les intermédiaires entre les hommes notamment dans les médias de communication. Le désir et l'amour affirment et confirment la distinction, être homme c'est le montrer (par la virilité), l'affirmer (par la drague), le vivre c'est montrer de manière tautologique la différence. Le p'tit homme apprend dans le regard des femmes, les vertus de la virilité, sinon de l'homophobie. Les femmes vont donc représenter l'intermédiaire entre les hommes qui veulent prouver leur virilité. Gentaz parlera de préservatif psychique pour définir l'homophobie ; Daniel Welzer-Lang ajoute que &laqno; l'homophobie serait le préservatif social de la virilité ».

L'homme est amené à penser que toute femme est virtuellement un objet sexuel à séduire ou à prendre. La femme est sexe en elle-même, les plus désirables pour les "vrais mâles" sont celles qui montrent le plus les critères de féminisation honnis et bannis chez les hommes. Les désirs masculins dessinent en creux les critères de l'homophobie. Haïr en soi ce que l'on idolâtre chez l'autre. Nous pouvons constater l'invisibilisation de l'homosexualité féminine qui est une forme majeure de l'homophobie masculine qui tend à dénier l'existence de formes autres que la sexualité hétérosexuelle. La femme est sexe pour l'homme ou n'existe pas.

C'est la promotion incessante par les institutions ou les individus, qui placent l'hétérosexualité dans la supériorité, et donc qui placent l'homosexualité dans une subordination simultanée. L'hétérosexisme tient pour acquis que tout le monde est hétérosexuel sauf avis contraire. Distinguer dans la pensée les personnes homosexuelles des autres, en faire une catégorie particulière, voilà qui est hétérosexiste.

F. Guillemaut fait l'analyse que les femmes lesbiennes sont tenues sans cesse au secret dans leur sexualité, mais aussi en tant que femme de par la façon dont sont construits les rapports sociaux de sexe, et la division des genres : &laqno; Une homosexuelle est accusée de vouloir imiter les hommes. Elle en devient ridicule et grossière dans l'imaginaire des normes populaires, elle n'est plus femme digne de ce nom Ou encore deux hommes vivant ensemble sont plus aisément repérés comme homosexuels, deux femmes sont deux amies, ce sont deux femmes "seules". Leur autonomie n'est pas concevable, pas plus d'un point de vue relationnel que sexuel. Il n'y a pas beaucoup de symétrie entre les gays et les lesbiennes par rapport au silence et au modalité de la répression ».

Tant que les représentations sociales du masculin et du féminin ne mettront pas plus l'accent sur la diversité des modèles possibles, et tant que l'homosexualité et la bisexualité ne seront pas plus souvent présentées comme des styles de vies légitimes, le sexisme et l'homophobie se nourriront de l'ignorance et du secret Régulariser la condition des couples d'hommes et des couples> de femmes appara”t comme une Žtape incontournable pour mettre fin aux injustices et aux exclusions systŽmatiques dont sont l'objet les personnes homosexuelles.

Obtenir les mmes droits, privilges et obligations dont profitent les partenaires hŽtŽrosexuels, c'est ce que veut rŽaliser le CUS (Contrat d'Union Sociale), qui, en France, mettrait un terme ˆ beaucoup de prŽjudices qui n'ont plus leur raison d'tre dans une sociŽtŽ pluraliste. La haine de soi, peut, par exemple, provoquer l'autodestruction dans le but d'expier sa propre existence. La haine de l'autre peut exacerber la violence. La haine de l'autre en soi peut entra”ner un conformisme obligŽ, un refus de la diffŽrence, une angoisse devant les ambivalences que recle chaque tre humain

L'homosexualitŽ demeure l'un des derniers tabous des sociŽtŽs occidentales et l'homophobie l'un des visages les plus communs de l'intolŽrance. L'homophobie appara”t ˆ la fois comme un produit et un pilier du sexisme.

L'homophobie est donc bien un problme politique. La reconna”tre c'est donner aux luttes sociales un sens diffŽrent. Comprendre et dŽfaire les rapports sociaux de sexe c'est faire na”tre une autre lumire et une autre forme dans nos rapports entre hommes et femmes. C'est aussi arrter enfin de classifier les individus dans des attitudes sexuelles, ce qui est une forme discriminatoire Ð nous sommes des sexualitŽs ! Lutter contre les inŽgalitŽs sociales c'est aussi lutter pour nos sexualitŽs dans nos plus grandes libertŽs !!

NATACHA CHETCUTI

Sources :

"La peur de l'autre en soi du sexisme ˆ l'homophobie".
Daniel WELZER-LANG, Pierre DUTEY, Michel DORAIS
VLB ƒditeur - Octobre 94.

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